Les bisphosphonates per os sont souvent prescrits pour traiter l’ostéoporose ou d’autres maladies caractérisées par une resorption osseuse accrue (ostéogenèse imparfaite, ostéoporose juvénile idiopathique, ostéoporose cortico-induite sévère et maladie de Paget) [1] and [2]. Depuis 2003, des cas d’ostéonécrose de la mâchoire ont été décrits après des extractions dentaires ou autres interventions alvéolo-dentaires chez des malades traités par bisphosphonates [3] and [4]. Le risque d’ostéonécrose de la mâchoire varie avec la voie et la fréquence d’administration du bisphosphonate [5]. Par ailleurs, divers facteurs locaux et systémiques influencent le risque. Toutefois, malgré le nombre croissant d’observations décrites et les données déjà rapportées, il n’existe aucune preuve formelle. Bien que le risque d’ostéonécrose de la mâchoire semble bas en cas de traitement bisphosphonate par voie orale, ces médicaments sont de plus en plus souvent prescrits et il paraît donc opportun d’établir des protocoles pour les extractions dentaires et interventions chirurgicales stomatologiques [6]. Nous avons réalisé un premier pas dans cette direction en analysant deux protocoles d’extraction dentaire chez des malades qui prenaient des bisphosphonates par voie orale. Nous avons inclus de façon prospective 500 malades (485 femmes et 15 hommes) vus au service de chirurgie stomatologique de l’école dentaire de Turin en Italie.

Entre janvier 2005 et décembre 2009, 1000 extractions ont été réalisées chez ces malades, 456 à la mandibule et 544 au maxillaire. Les malades ont été divisés de façon aléatoire en deux groupes de 250, correspondant aux deux protocoles d’extraction. Dans le Protocole A, une incision a été réalisée dans le sillon et des lambeaux de pleine épaisseur ont été disséqués pour permettre une cicatrisation de première intention et laisser l’alvéole déshabitée en contact avec la flore bactérienne de la cavité orale. Afin de rendre l’intervention aussi peu traumatique que possible, l’extraction a été suivie d’un curetage doux et de gestes d’ostéoplastie destinés à renforcer la région particulièrement fragile du septum osseux, ainsi que les corticales osseuses. Le Protocole B ne comportait pas la création de lambeaux de pleine épaisseur ; l’alvéole était remplie d’éponge de gélatine résorbable et hémostatique pour permettre une cicatrisation de seconde intention (Tableau 1 and Tableau 2).
Tableau 1.
Extractions dentaires dans une cohorte de malades traités par bisphosphonates per os.
Anomalie dentaireProtocole A (nombre de dents extraites)Protocole B (nombre de dents extraites)
Racine résiduelle231257
Fracture de racine5749
Mobilité de grade 2–3107112
Carie destructrice intéressant les racines5543
Granulome apical (ne pouvant être traité autrement que par extraction)5039
Tableau 2.
Principales caractéristiques des malades au moment de l’extraction.
Protocole A (nombre)Protocole B (nombre)
SexeHommes96
Femmes251234

Dents extraitesMandibule258198
Maxillaire255289

Âge (ans)50–603945
60–70164152
70–804753

Consommation de cigarettes0108111
< 15/j8691
> 15/j5648

Pathologie systémiqueOstéoporose229235
Polyarthrite rhumatoïde810
Maladie de Paget135

Bisphosphonate prisAlendronate125134
Clodronate6459
Risédronate4844
Ibandronate129
Étidronate14
Aucune complication peropératoire n’est survenue dans l’un ou l’autre groupe. Pendant le suivi, aucun des 1000 sites d’extraction ne montrait de signes d’ostéonécrose de la mâchoire. Toutes les radiographies panoramiques dentaires obtenues ont montré une consolidation normale de l’os alvéolaire. Au dernier suivi, tous les malades avaient une muqueuse intacte sans nouveaux signes d’inflammation. Les résultats de cette étude prospective montrent que les deux protocoles d’extraction dentaire proposés ici pour les malades recevant des bisphosphonates par voie orale donnent un taux de réussite de 100 %. Par conséquent, le caractère moins traumatique du Protocole B pour les tissus mous et l’os s’accompagnant d’un meilleur confort pour les patients, c’est ce protocole que nous conseillons.

Déclaration d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d’intérêts en relation avec cet article.

Références

    • [1]
    • G. Wells, A. Cranney, J. Peterson, et al.
    • Risedronate for the primary and secondary prevention of osteoporotic fractures in postmenopausal women
    • Cochrane Database Syst Rev, 23 (2008), p. 1
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    • [2]
    • V. Elliot-Gibson, E.R. Bogoch, S.A. Jamal, et al.
    • Practice patterns in the diagnosis and treatment of osteoporosis after a fragility fracture: a systematic review
    • Osteoporos Int, 15 (2004), pp. 767–778
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    • [4]
    • A. Bamias, E. Kastritis, C. Bamia, et al.
    • Osteonecrosis of the jaw in cancer after treatment with bisphophonates: incidence and risk factors
    • J Clin Oncol, 34 (2006), pp. 8580–8585
    • [5]
    • M. Pazianas, P. Miller, W.A. Blumentals, et al.
    • A review of the literatureon osteonecrosis of the jaw in patients with osteoporosis treated with oral bisphosphonates: prevalence, risk factors and clinical characteristics
    • Clin Ther, 29 (2007), pp. 1548–1558
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  • Ne pas utiliser, pour citation, la référence française de cet article, mais la référence anglaise de Joint Bone Spine (doi:10.1016/j.jbspin.2011.04.018).
    Auteur correspondant.